Simone Veil et l’IVG : ce que nous devons à cette grande dame

Vendredi dernier, Simone Veil est décédée à l’âge de 89 ans. Une longévité qui témoigne de la nature combative de l’ancienne ministre de la Santé. Dans ces fonctions, elle a donné à toutes les Françaises le droit à l’Interruption volontaire de grossesse (IVG). Une révolution.

 

Simone Veil

 

Issue d’une famille juive originaire de Lorraine, Simone Veil naît à Nice en 1927. Son enfance sera bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. Déportées à Auschwitz, elle et ses deux sœurs survivent à l’Holocauste. Malheureusement, leurs deux parents et leur frère ne connaîtront pas la libération des camps. Une fois rentrée en France, la jeune Simone tente en vain de raconter son histoire. Malheureusement, le monde préfère oublier et personne ne veut l’entendre. Simone Veil fera alors du devoir de mémoire l’un de ses chevaux de bataille.

En 1945, Simone Veil entame des études de droit et devient avocate, puis magistrate en 1970. Elle est la première femme nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République, elle entre au gouvernement Chirac en tant que ministre de la Santé, le 28 mai 1974. Son érudition ne plaît pas à ses confrères masculins. Certains ont le mauvais goût de prétendre que pour se souvenir de son numéro de casier, elle se l’est fait tatouer sur le bras. Simone Veil porte bien un tatouage. Son matricule de déportée.

 

Simone Veil
Simone Veil en 1974, à la tribune de l’Assemblée nationale

La loi Veil du 17 juillet 1975 sur l’Interruption volontaire de grossesse

La loi Veil permet à toutes les femmes d’accéder à l’IVG, sous trois conditions : la volonté de la mère, l’accord des médecins et l’absence d’alternatives. Elle dépénalise également cet acte, qui peut être pratiqué jusqu’à dix semaines de grossesse. Dans le cas où le fœtus souffre de graves malformations, ou si la grossesse présente un danger vital pour la mère, la procédure n’impose pas de limite de temps. À l’époque où Simone Veil entreprend de promulguer cette loi, l’avortement relève d’un problème de santé publique important.

Les faiseuses d’anges pullulent alors. Ces femmes, motivées soit par l’appât du gain, soit par solidarité féminine, pratiquent l’avortement dans des conditions d’hygiène relatives. Le fœtus est souvent délogé de l’utérus avec un cintre en métal tordu. Certaines femmes ne survivent pas à l’intervention. Elles succombent à des hémorragies ou des fièvres infectieuses. Pour bon nombre de ministres et députés masculins, elles sont ainsi punies d’avoir privé leur enfant de la lumière du jour.

Simone Veil ne l’entend pas de cette oreille. Elle reconnaît que « l’avortement est toujours un drame », mais qu’il faut le dépénaliser pour qu’il ne soit plus un tabou et pour aider les femmes à se prémunir des grossesses indésirées. Ses prises de parole provoquent des émeutes à l’Assemblée. On l’accuse de soutenir l’infanticide. Elle reçoit nombre de menaces qui culminent, lorsqu’un soir, elle rentre chez elle et découvre un graffiti antisémite pro Holocauste. Néanmoins, la ministre, courageuse, tient le cap et la loi Veil est promulguée à une majorité écrasante, le 17 juillet 1975.

 

Survivants
La campagnes anti IVG des Survivants

Un droit aujourd’hui menacé

Grâce à cette loi, Simone Veil a permis aux femmes françaises de disposer de leurs corps comme elles l’entendaient. Elle a tenu tête à tous les préjugés de son époque, que l’on pourrait qualifier aujourd’hui d’archaïques. Pourtant, de nos jours, le droit à l’avortement fait encore grincer des dents. Dans les communautés religieuses d’abord. Notamment par le biais du groupe des Survivants, proche de l’église catholique. Via des campagnes d’affichage légalement et scientifiquement discutables, ces militants associent l’avortement au meurtre et entendent culpabiliser les femmes qui pourraient avoir recours à ce droit le plus strict.

Dans les factions politiques, ensuite. Durant la campagne présidentielle, Marion-Maréchal Le Pen affirmait vouloir revenir « sur l’extension du délit d’entrave à l’avortement pour l’annuler ». Elle dénonçait également « le remboursement illimité des IVG ». Non seulement, ces propos sont scandaleux, mais ils sous-entendent l’abnégation d’un acquis social, obtenu de longue lutte. Face à ces attaques, il est important que la mémoire de Simone Veil perdure. Toutes les petites filles doivent savoir pourquoi cette femme s’est battue et pourquoi il s’agit d’une révolution pour les femmes. On a le droit et c’est pour notre bien. Pour éviter les situations de détresse et les abus de certains.

Au revoir Simone, puisse votre sagesse veiller encore longtemps sur les générations futures…

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